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jeannotramambazafy.overblog.com

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Promotion pour le développement culturel et social de Madagascar

Publié le par Jeannot Ramambazafy

Palais des Sports de Mahamasina, 12 août 2013. Dans le cadre de la célébration de la Journée internationale de la Jeunesse, Ntsay Christian, Représentant de l’Organisation internationale du Travail (OIT) à Madagascar, a organisé une conférence-débat sur le thème : « L’emploi des Jeunes et les défis de migration ». Notons que Ntsay Christian avait à ses côté, le ministre de la Jeunesse et des Loisirs, Andriantiana Jacques Ulrich.

La réflexion de ce 12 août 2013 a porté sur quatre grands axes, qui sont :

  1. La structure du marché du Travail et les Jeunes
  2. La migration des Jeunes, ses origines et facteurs endogènes et exogènes
  3. Les défis de la migration des Jeunes face à l’Emploi
  4. Les pistes de solutions à envisager

1. Un marché du travail déstructuré et en défaveur des jeunes

Madagascar fait face à un grave problème de chômage des Jeunes, aussi bien en milieu rural qu’urbain. Un Jeune sur deux est au chômage à Madagascar ; Huit actifs sur dix sont sous-employés.

Le déséquilibre chronique du marché du Travail se trouve à l’origine de cette situation, et ce qui apparaît préoccupant est l’absence de correction en terme politique de l’Emploi venant du gouvernement.

D’une part, l’on sait que la population malgache est jeune, avec 54% de la population ayant moins de 20 ans et la moyenne d’âge nationale de 21 ans. 80% de ces jeunes se trouvent en milieu rural. L’employabilité des Jeunes est sujette à discussion, dans la mesure où l’inadéquation de leur formation par rapport aux besoins de l’économie est des plus criantes, et ce phénomène touche surtout les Jeunes urbains. En milieu rural, le niveau d’instruction reste faible puisque 76% de ces Jeunes ne possèdent qu’un niveau d’instruction de moins de 5 ans et cela handicape pour beaucoup leur employabilité et leur productivité. 83% des primo-demandeurs possèdent une moyenne d’âge de 22,7 ans, ce qui dénote la jeunesse des demandeurs d’emploi. Bref, l’offre sur le marché du Travail présente une faiblesse qualitative la marginalisant structurellement sur le marché du Travail. L’insertion des Jeunes sur ce marché rencontre ainsi de grandes difficultés.

D’autre part, Madagascar fait face à une dégradation sans précédent de ses activités économiques. La croissance de son PIB était de -3,7% en 2009 ; +0,4% en 2010 ; +0,5% en 2011 et 2012. La crise économique mondiale et la crise politique intérieure ont fragilisé davantage l’économie de Madagascar déjà soutenue de façon structurelle et chronique par des emprunts et des subventions de l’extérieur : près de 400.000 emplois détruits, une chute vertigineuse de moitié des investissements directs étrangers et une réduction de ¾ de l’Aide publique au développement. La récession en 2009 et le stagnation de l’économie autour de ½ point de croissance ont grandement affaibli la classe moyenne et accru ainsi la vulnérabilité de la population. 75,4% de la population sont qualifiés de pauvres en 2011, contre 68,7% e 2008 ; 74% des Jeunes sont ainsi considérés comme pauvres dont 80% en milieu rural et 51% en milieu urbain. La politique très fiscaliste de l’Etat depuis 2010 a, certes, favorisé la protection contre une inflation galopante mais a fortement érodé la rentabilité des entreprises et freiné ainsi l’investissement. La création d’emploi est victime des effets à la fois des politiques économiques du pays et des crises économiques dans le monde, ainsi que de la politique intérieure. La demande sur le marché du Travail reste à un niveau quasi-nul depuis bientôt 4 ans et cela constitue un des facteurs importants de la migration des Jeunes.

L’emploi n’a jamais été placé au centre des priorités nationales à Madagascar ; ce qui fait que la croissance n’a jamais été riches d’emplois. En effet, à Madagascar, d’un côté, le secteur des services constitue la locomotive de la croissance pour 60% du PIB, alors qu’il ne renferme que 7% des emplois existants. De l’autre côté, le secteur agricole et rural ne contribue qu’à hauteur de 26% du PIB mais regorge plus de 75% des emplois totaux.

En définitive, les Jeunes sont confrontés à des déséquilibres croissants du marché du Travail avec un chômage très élevé, un important sous-emploi rural et un exode rural caractérisé par une migration interprovinciale de niveau significatif.

2. Une migration des Jeunes comportant à la fois des origines et facteurs endogènes et exogènes

Les Jeunes représentent une part importante des migrations internationales. En 2010, on évaluait autour de 27 millions le nombre de jeunes migrants sur le plan international.

Madagascar ne possède pas de données fiables ni d’informations plausibles dans le domaine de la migration et ceci est un handicap majeur pour pouvoir apprécier le phénomène migratoire dans son ensemble.

Au niveau national, la migration interprovinciale est estimée autour de 15%. Antananarivo est à la fois la première destination et la première source des migrations. Pour la destination migratoire, près de 1 migrant sur 4 habite à Antananarivo. Pour la source migratoire, 41,2% des migrants sont originaires d’Antananarivo. Le regroupement familial est la première raison de la migration nationale pour 58,9% des migrants. Viennent ensuite la recherche d’emploi pour 21,3% et la poursuite des études pou 05,5%.

Sur le plan international, certains économistes estiment jusqu’à 250.000 personnes environ le nombre de Malgaches migrants à travers le monde.

Les déterminants de la migration sont multiples ; la léthargie du marché du Travail, la pauvreté, le chômage, le sous-emploi, les politiques de déflation de la fonction publique et des entreprises parapubliques, les privatisations, les crises politiques à répétition en constituent des principaux facteurs endogènes.

L’élargissement des zones de recrutement international des travailleurs migrants à bas coûts, la mondialisation des réseaux clandestins de recrutement des migrants avec le développement des technologies d’information et de communication sont des facteurs exogènes engendrant la recrudescence de la migration des jeunes.

3. Les défis de la migration des jeunes face à l’emploi

La migration pourrait constituer des opportunités pour les Jeunes et pour le développement des communautés et de la société mais elle comporte également de multiples risques pour les jeunes par rapport aux conditions de vie inacceptables qu’ils pourraient endurer, à l’exploitation de leur force de travail, à la discrimination voire au racisme dont ils pourraient être victimes.

Vu la faiblesse de la monnaie nationale, les revenus de la migration internationale, souvent en monnaie étrangère, sont largement appréciés par les migrants pour des projets familiaux à Madagascar. Il s’agit d’une opportunité importante pour ces jeunes migrants non seulement à travers l’emploi que cela procure mais aussi par le biais des salaires et revenus que cela génère.

Malheureusement, les transferts monétaires sont souvent utilisés et dépensés pour des consommations courantes dans le cadre d’un système chronique d’entraide familiale ou de solidarité communautaire.

Certaines analyses estiment que les transferts monétaires constituent près de 5% du PIB pour Madagascar. Cette part importante de l’économie ne favorise pas forcément une intégration productive pour le pays dans la mesure où Madagascar dépend pour beaucoup des importations des biens et les transferts monétaires apparaissent en fait comme une autre forme de subventions des économies des pays producteurs de ces biens de consommation.

Aujourd’hui, l’on assiste à une montée en puissance de la migration des Femmes et des Jeunes touchés par le chômage et le sous-emploi.

Le nombre de migrants malgaches qui traversent les frontières en quête de travail pourrait augmenter très rapidement au cours des prochaines années si les effets des crises ne sont pas jugulés à très court terme et si la mondialisation continue à grever les déséquilibres de développement entre les pays riches et émergents, d’un côté, et ceux qui sont considérés comme les moins avancés, de l’autre.

Malheureusement, les jeunes migrants deviennent de plus en plus vulnérables avec leur nouveau statut de migrants sans protection sociale ni respect des normes internationales du travail.

La fuite des cerveaux handicape la productivité nationale et comporte un coût socio-économique très élevé pour le pays à travers le recours à l’expertise internationale et à l’assistance technique internationale.

En définitive, l’emploi des Jeunes devrait être placé au centre des préoccupations des politiques et stratégies de développement du pays. Les jeunes malgaches sont devenus de plus en plus des chômeurs pauvres ou des travailleurs jeunes pauvres et sous employés.

L’occasion est offerte en cette Journée internationale de la jeunesse 2013 pour partager des connaissances et des informations issues de la recherche et d'analyses sur les emplois des Jeunes et les défis de la migration afin d’avoir les contributions des acteurs et des jeunes eux-mêmes.

4. Les pistes de solutions à envisager

Madagascar devrait accorder une importance capitale à la migration des jeunes à cette époque de mobilité humaine sans précédent dans le monde. Pour cela, le pays doit préalablement se doter des instruments juridiques et institutionnels conformes aux conventions internationales. Ces conventions au nombre de quatre sont les suivantes:

-Conventions n°97 et n°143 sur les travailleurs migrants

-Convention n°189 sur les travailleuses et travailleurs domestiques

-Convention n°166 sur le rapatriement des marins.

Des mesures pratiques mais plus stratégiques devront être envisagées et prises pour que la migration serve davantage les intérêts du développement et que des solutions durables au phénomène migratoire soient mises en place avec un système de gestion transparent et profitable pour les migrants eux-mêmes, pour les pays d’origine et de destination.

De telles solutions pourraient être des programmes de développement visant à offrir des mesures incitatives destinées à mobiliser les compétences et les ressources financières des Malgaches expatriés pour un meilleur investissement et le développement de Madagascar.

Ces perspectives toucheront plusieurs domaines comme la promotion de la Culture d’entreprise et de l’auto-emploi par le développement des micro et petites entreprise, l’amélioration des connaissances et des compétences pour l’emploi, les mesures de sécurité sociale, de sécurité et de santé du Travail, le renforcement du Dialogue social représentatif dans la promotion d’un politique efficace de l’emploi.

En définitive, il y aura lieu de trouver les voies et moyens d’accélérer le taux de création d’emplois décents et la croissance de la productivité, en mettant sur pied un marché de Travail efficace, équitable et unifié garantissant la stabilité économique et une croissance économique durable.

Grand dossier de Jeannot RAMAMBAZAFY - 13 août 2013

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