Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
jeannotramambazafy.overblog.com

jeannotramambazafy.overblog.com

Promotion pour le développement culturel et social de Madagascar

Publié le par Jeannot Ramambazafy
FRANCE 24-Les Observateurs. Vidéo de Jean-Pierre tabassé publiée

Un leader d’un syndicat étudiant a été violemment frappé par des gendarmes venus l’arrêter dans l’enceinte de son université, dans la capitale malgache, avant d'être condamné à six mois de prison avec sursis, début septembre. Pour notre Observateur, cet incident est révélateur de la crispation du pouvoir en place vis-à-vis des étudiants, qui se mobilisent actuellement pour exiger la reprise des cours à l’université, interrompus en raison d'une grève des enseignants-chercheurs.

Le 1er septembre, plusieurs gendarmes ont fait irruption dans l’enceinte de l’université de Tananarive, sur le campus d'Ankatso. Sur les images tournées par un cameraman du site Internet Madagate, on voit une dizaine d'entre eux rouer de coups Jean Pierre Randrianamboarina, l'un des meneurs du mouvement étudiant, avant de le traîner sans ménagement à l’extérieur de l’université. Les gendarmes l’ont ensuite mis à l’arrière d’un pick-up – alors qu’il était visiblement à moitié inconscient – avant de placer un banc au-dessus de lui, sur lequel ils se sont assis.

Des médecins ayant examiné l'étudiant après son arrestation ont indiqué qu'il présentait plusieurs traumatismes au niveau des côtes et du crâne, ainsi que diverses fractures.

Le 2 septembre, Jean Pierre Randrianamboarina a comparu devant un tribunal, accusé notamment de troubles à l’ordre public, de manifestation sans autorisation et d’atteinte à la sureté de l’État. Deux jours plus tard, il a été condamné à six mois de prison avec sursis.

Depuis deux mois environ, les enseignants-chercheurs de l'université font grève pour réclamer l'application de plusieurs décrets signés en 2009, portant sur le versement d'indemnités et des augmentations de salaires. Privés de cours depuis des semaines, les étudiants se mobilisent donc pour réclamer la reprise des enseignements.

"Les étudiants malgaches sont très souvent réprimés quand ils se mobilisent";

Par Jeannot Ntsumbu

Jeannot Ramambazafy est le rédacteur en chef de Madagate.

En principe, les forces de l’ordre n’ont pas le droit d’entrer dans l’enceinte des universités, même si ça s'est déjà produit dans le passé. Mais cette fois, ça a été particulièrement violent. D'ailleurs, les gendarmes en avaient sûrement conscience, puisqu'on entend l’un d’eux dire “Ne prenez pas de photos !” dans une autre vidéo prise par un confrère de la chaîne de télévision Viva.

Pourtant, le Général Florens Rakotomahanina, de la gendarmerie de Tananarive, a indiqué que les gendarmes avaient arrêté Randrianamboarina selon la procédure habituelle ... [La gendarmerie nationale a toutefois annoncé qu’une enquête avait été ouverte, reconnaissant un “manque de retenue” chez certains agents, NDLR.]

À la suite de cette arrestation, il y a eu très peu de réactions au niveau international. Seule l'ambassade des États-Unis a réagi pour dénoncer la violence des forces de l'ordre et défendre le droit des étudiants à manifester. [Leur communiqué indique notamment : "Nous nous sentons concernés par cet incident qui apparait comme étant un usage excessif de la force par certains membres des forces de l’ordre lors de l’arrestation [de] Jean Pierre Randrianamboarina", NDLR.]

“Les étudiants veulent éviter une année blanche”

Depuis le début de la mobilisation étudiante, des incidents se produisent presque chaque jour. Les forces de l'ordre utilisent des gaz lacrymogènes contre les étudiants, qui restent généralement "retranchés" dans l'enceinte de l'université et répliquent en leur jetant des pierres. Le 24 août, Jean Pierre Randrianamboarina avait d'ailleurs déjà été arrêté, mais en dehors de l’université et beaucoup moins brutalement. Il avait été interpellé au moment où il se dirigeait vers des journalistes, après avoir parlé dans un mégaphone mais il avait été relâché quelques heures plus tard.

Les étudiants soutiennent les revendications des enseignants-chercheurs, mais ils sont privés de cours depuis des semaines... Du coup, ils veulent que l’État trouve rapidement une solution avec leurs professeurs, pour éviter une année blanche. Ça serait problématique, notamment pour les étudiants issus de milieux modestes, comme Jean Pierre Randrianamboarina. Il a eu son baccalauréat en 2005, mais a dû travailler à la campagne pendant des années avant de pouvoir s'inscrire à la faculté de lettres pour la première fois cette année.

“Le gouvernement garde sûrement en mémoire les événements de 1972”

Les étudiants malgaches sont très souvent réprimés quand ils se mobilisent. En janvier dernier, un autre leader étudiant, Berija Ravelomanantsoa, a également été arrêté brutalement par les forces de l'ordre, puis condamné à une peine de deux mois d'emprisonnement avec sursis. Les étudiants faisaient grève uniquement pour réclamer le versement de leurs bourses.

En fait, je pense que le gouvernement garde en mémoire les événements de 1972. Cette année-là, les étudiants ont organisé une grève massive, avec le soutien de plusieurs secteurs de la société. Dans la nuit du 12 au 13 mai, près de 400 étudiants ont été arrêtés sur le campus. Dès le lendemain, des milliers de jeunes sont alors allés manifester dans le centre-ville, pour réclamer leur libération. Les forces de l'ordre ont tiré sur eux, des bâtiments ont été incendiés… Le pouvoir a été complètement dépassé. Cinq jours plus tard, le président de la République a confié les pleins pouvoirs à un général, avant d'être déchu. Le gouvernement actuel n'a sûrement pas envie de voir un tel scénario se répéter...

Cet article a été écrit en collaboration avec Chloé Lauvergnier (@clauvergnier), journaliste à France 24.

Articles récents

Hébergé par Overblog